Cercle Celtique de Nouméa

Les bretons de l’ANZAC

Chaque année, la journée de l’ANZAC (Australia and New Zealand Army Corps) est célébrée le 25 avril pour rendre hommage à ce corps d’armée désignant les troupes en provenance d’Océanie ayant combattu durant la Première Guerre mondiale.

En furetant dans les archives nationales australiennes en ligne, nous avons eu la surprise de trouver quelques natifs de départements bretons inscrits dans les registres de l’armée australienne de l’époque. Quelles ont été leurs motivations ? Quel a été leur parcours ? Autant de questions auxquelles un examen de leur dossier individuel en libre consultation permet de répondre partiellement.

La situation administrative des français résidents en Australie en 1914

A l’aube de la 1ère guerre mondiale, un peu moins de 3 000 français demeurent de manière permanente en Australie, comme l’indiquent les statistiques australiennes de 1911. Cependant, et malgré cette faible présence numérique, une représentation diplomatique française existe depuis déjà le 19ème siècle. En 1914, elle apparait sous la forme d’un consulat général établit à Sydney renforcé par la présence d’un vice-consul à Melbourne.

A cette époque, le rôle du consul était multiple et englobait de nombreuses responsabilités allant des questions commerciales à l’enregistrement des actes d’état-civil, en passant par la promotion de la culture et de la langue française. Cela comprenait aussi la surveillance des obligations de service militaire pour les français résidant en Australie, pour peu que ceux-ci se fassent connaître auprès de ses services…

En 1914, selon la loi française du moment, tous les résidents australiens nés en France conservaient leur nationalité française, même s’ils devenaient sujets britanniques en se faisant naturaliser.

De plus, les enfants nés en Australie de père français avaient également droit à la nationalité française et de ce fait, étaient tenus, selon une loi de 1913,  d’effectuer leur 3 ans de service militaire.

Or, la loi française ne s’appliquant pas en Australie, il n’était pas possible de la faire respecter. Ainsi, une certaine flexibilité était accordée aux hommes vivant généralement à l’étranger, un sursis pouvant leur être accordé.

Quand la mobilisation française de 1914 parvient dès le 2 août à Melbourne, les ressortissants français en âge d’être mobilisés sont quotidiennement informés par voie de presse de l’obligation de rejoindre les rangs de l’armée française.

Article paru le 11 août 1914 dans "The Age", quotidien de Melbourne

Cette même presse relate que, rapidement, une multitude de jeunes gens, de toutes nationalités, affluent dans les bureaux de leur consulat respectif, impatients de partir « la fleur au fusil ».

Toujours d’après les statistiques de 1911, on estime à environ 900, le nombre de français mobilisables. Une grande majorité répondront effectivement à l’appel, d’autant que les déserteurs pouvaient saisir l’opportunité d’être amnistiés. 

Pour se rendre en Europe, les appelés français feront le voyage, entre autres, sur les navires des Messageries Maritimes. La compagnie exploitait alors la ligne entre la Nouvelle-Calédonie et la France via l’Australie, à l’image du Dumbea qui effectuera ensuite du transport de troupes dans les Dardanelles pendant toute la durée du conflit.

Le "Dumbea", paquebot français dans le port de la Joliette à Marseille
La création du premier corps d'armée australien en 1914

Parallèlement, le premier corps expéditionnaire australien est créé, le 15 août 1914, à la suite de la déclaration de guerre de la Grande-Bretagne à l’Allemagne. Connu sous le nom d’ « Australian Imperial Force (AIF)», il est entièrement constitué de volontaires et intégré à l’ANZAC.

A l’époque, bien qu’administrativement et socialement profondément britannique, la société australienne était loin d’être mono-culturelle. Diverses études concernant le profil des troupes engagées durant le premier conflit révèlent, notamment, qu’à côté des sujets britanniques, on dénombre la présence de volontaires européens en provenance de toutes nations. Le point commun étant que la plupart d’entre eux sont issues de vagues de migrations récentes dans le pays. 

Formulaires de demande d'engagement à l'AIF remplis par des volontaires natifs de Bretagne entre 1914 et 1918
Les bretons de la première armée régulière australienne

Parmi ces volontaires, on dénombre 170 engagés de nationalité française dont deux douzaines natifs de départements bretons recensés dans le tableau ci-dessous.

Une liste des natifs des départements de Bretagne ayant rempli une demande d'engagement volontaire dans l'AIF

On remarque en tout premier lieu l’âge relativement élevé des candidats à l’enrôlement, la plupart ayant dépassé la trentaine.

Ainsi, Emile Gané, originaire du Morbihan, a 44 ans au moment de son inscription. Considéré comme soldat expérimenté, il avait déjà passé 8 ans dans l’armée française. Il avait aussi voyagé en Nouvelle-Calédonie avant d’arriver en Australie. Trop vieux pour le combat, il servira dans des unités d’appui en France.

De plus, bien que la citoyenneté britannique fut une exigence pour être enrôler dans l’AIF, celle-ci a été appliquée avec plus ou moins de rigueur.

Gildas Toumelin, travaillant à Adélaïde, était un ancien marin de la région d’Etel (56). Il fut l’un des nombreux candidats à la citoyenneté dont la demande a été rejetée en mai 1916 avec la mention : « les certificats de naturalisation ne sont pas délivrés actuellement aux français de moins de 50 ans ». Il a néanmoins été engagé dans l’AIF un mois plus tard, en tant que citoyen français, et servi dans un bataillon de pionniers. Il retournera en Australie en 1919 mais ne redemandera pas la naturalisation.

On retrouvera de nombreux autres cas concernant des natifs bretons dans la thèse de Pauline Georgelin « Pour Noble et Vaillante France » qui a pour sujet les relations et les identités franco-australiennes pendant la Grande Guerre.

Enfin, quels que soient les parcours individuels divers, souvent cahotiques ou emaillés de zones d’ombre, la plupart de ces engagés volontaires figurent dorénavant au mémorial de guerre australien.

C’est, entre autres, le cas d’un des premiers engagés de l’AIF, Léon Jean Louis Briand, natif de Saint Malo, qui sera blessé au combat à Gallipolli en 1915, y ayant été déclaré mort pendant quelques semaines.

Les commémorations de l'ANZAC Day à travers le monde

Aujourd’hui, la Journée commémorative de l’ANZAC ou ANZAC Day est célébrée le 25 avril de chaque année en Australie, en Nouvelle-Zélande, aux Samoa, aux Tonga, aux îles Cook et à Niue.

En Nouvelle-Calédonie, elle commémore la sanglante bataille de Gallipoli entre les Australiens et Néo-Zélandais de l’ANZAC contre l’armée ottomane en 1915. En France, les célébrations renvoient à la bataille de Villers-Bretonneux où les forces du Commonwealth stoppèrent l’avancée allemande en 1918 pendant la Première Guerre mondiale et l’engagement des troupes australiennes et néo-zélandaises en France et en Belgique.

Un plaidoyer contre toutes les guerres

And the Band Played Waltzing Matilda (en français « Et la fanfare jouait Waltzing Matilda ») est une chanson de l’auteur-compositeur australien d’origine écossaise Eric Bogle, écrite en 1971, au moment de la guerre du Vietnam.

Elle met en scène le récit d’un jeune soldat australien de l’ANZAC engagé dans la bataille de Gallipoli au cours de la Première Guerre mondiale. Celui-ci, travailleur journalier itinérant avant la guerre, perd ses jambes au cours de la bataille et voit les autres vétérans disparaître peu à peu, alors que les plus jeunes générations deviennent indifférentes aux vétérans et à leur sort.

A noter la très belle adaptation française du groupe « Ambages ».